Suite à un appel à la liste biblio.fr, j’ai identifié 23 bibliothèques dites décloisonnées. Huit d’entre elles ont répondu à mes questions concernant le décloisonnement. Un grand merci à tous !
- BMVR de Montpellier
- Fontainebleau
- annexe La Source, Orléans
- Rambouillet
- Mulhouse
- Villeneuve-sur-Lot
- Saint-Jean de Védas
- Max-Pol Fouchet, de Givors
Mes questions portaient sur l’organisation des collections et l’organisation interne (organigramme et acquisitions), ainsi que sur la perception du décloisonnement par les usagers et le personnel de la bibliothèque.
Décloisonner les sections adulte et jeunesse : du simple rapprochement au mélange des collections
Rapprocher les sections sans forcément abolir leur distinction
C’est à la base du principe du décloisonnement : pour faciliter la fréquentation de toutes les collections par des publics différents, il faut que celles-ci soient facilement accessibles. Il s’agit alors d’abattre des cloisons, d’enlever des portes, et de rapprocher des collections historiquement séparées. Le cas de la bibliothèque centrale Grand’rue de Mulhouse est à cet égard emblématique : sa section jeunesse, auparavant située sur un étage différent qui lui était propre, a été relocalisée au même étage que la section adultes. Ceci a permis une harmonisation du fonctionnement et des horaires d’ouverture, assurant une plus grande cohérence à l’ensemble de l’équipement. Cette volonté d’abolir la séparation physique entre les collections se retrouve chez tous les bibliothécaires interrogés, comme à Villeneuve-sur-Lot, où “la porte est toujours ouverte” entre les deux salles. Cependant, de nombreuses bibliothèques vont plus loin et mélangent certaines de leurs collections.
Mélanger les collections : deux types de pratique
Dans les bibliothèques de taille moyenne ou petite, on a souvent décidé de mélanger complètement les collections documentaires. C’est ce qu’ont fait les équipes des bibliothèques de Fontainebleau, de Villeneuve-sur-Lot et de La Source (Orléans). Là-bas, les documentaires pour la jeunesse sont présentés sur les mêmes rayonnages que les documentaires pour les adultes. Ils sont toujours différenciés dans le catalogue et sur les rayonnages par une cote différente, comme à Saint-Jean de Védas, où les cotes des livres édités pour la jeunesse sont vertes tandis que celles des livres pour les adultes sont blanches. Une seule exception a été constatée, à La Source, où il a été choisi volontairement de ne pas différencier les ouvrages, que ce soit dans le catalogue ou sur les rayons.
Dans d’autres bibliothèques, les collections ne sont pas mélangées, mais présentées côte à côte sur des étagères différentes. On trouve les deux types de pratique à la bibliothèque Emile Zola de Montpellier, où l’on teste différentes implantations décloisonnées des collections. Par exemple, les documentaires pour les plus jeunes sont placés dans des bacs au plus proche des collections pour les adultes traitant des mêmes thèmes. À Givors, certaines collections décloisonnées sont présentées sur les mêmes étagères, avec les documents jeunesse en début de rayon.
Quelles collections sont mélangées ?
Le plus courant dans bibliothèques les plus petites est le décloisonnement total. Tous les documentaires sont concernés. Parmi les bibliothèques contactées, quatre ont adopté ce type de décloisonnement : Fontainebleau, Villeneuve-sur-Lot, Saint-Jean de Védas, La Source. Il faut souligner que toutes ces bibliothèques ont aussi en commun d’avoir choisi de les présenter sur les mêmes étagères.
Ailleurs, le décloisonnement a été plus ciblé. Certains thèmes, supposés attirer tous les publics, ont été pensés comme des points de rencontre : alors que le reste des collections est présenté de façon traditionnelle, les ouvrages pour la jeunesse et ceux pour les adultes y sont mélangés. À Mulhouse, c’est la bande-dessinée qui sert de lien entre les deux sections. À Rambouillet, ce sont les ouvrages des classes 500 et 600 qui ont été regroupés. À Montpellier, parmi les thèmes qui ont été mélangés, les points forts sont les bandes dessinées et les sciences et loisirs. La médiathèque Max-Pol Fouchet, de Givors, a dressé une liste de thèmes à décloisonner en fonction des usages déjà mixtes observés avant la restructuration : nature et animaux, contes, maison-cuisine, loisirs, arts plastiques, langues étrangères, sciences et techniques, sport.
Les exceptions au décloisonnement des collections
La fiction n’est jamais décloisonnée. L’expérience de Fontainebleau l’explique aisément. Le décloisonnement des fictions qui y a été tenté il y a quelques années a été un échec cuisant : la bibliothèque a perdu la plus grande partie de son lectorat jeune. Le retour à deux sections fiction distinctes a permis à la bibliothèque de retrouver peu à peu son public jeune.
Toutes les bibliothèques interrogées ont préservé un coin pour les tout-petits, clairement identifié. Il est parfois dans une pièce à part, comme à Rambouillet, mais la plupart du temps, il est lui aussi décloisonné, comme à la Source ou Saint-Jean de Védas.
Souvent, comme à Dives-sur-Mer et Fontainebleau, les bibliothèques qui ont choisi un décloisonnement total de tous les documentaires ont préféré séparer du lot les documentaires pour les plus jeunes (en général jusqu’à 8 ans, ou CE1-CE2), en estimant que d’une part ils n’intéresseraient pas les autres publics, et d’autre part que cela faciliterait le repérage des documents par les jeunes enfants.
D’une manière générale, on constate que le décloisonnement total des documentaires est plutôt adopté par des bibliothèques de taille réduite, où l’implantation des collections est relativement simple. Dès que les bibliothèques deviennent plus grandes, et notamment dès qu’elles ne sont plus de plain-pied, l’organisation spatiale des collections décloisonnées devient plus complexe. En effet, il faut alors l’adapter à la départementalisation choisie (thématique le plus souvent).
En interne, peu de bouleversements
On pourrait croire que des bibliothèques ayant adopté un décloisonnement des collections adulte et jeunesse se seraient écartés de l’organigramme traditionnel en section adulte/section jeunesse. Il n’en est rien : la plupart des bibliothèques contactées ont conservé cette organisation interne. La question ne s’est parfois tout simplement pas posée, ou alors, lorsqu’elle l’a été, les responsables hésitent à engager des réformes car ils perçoivent une forte résistance, du côté des bibliothécaires jeunesse notamment, qui craignent d’y perdre une part de leur spécificité1.
Certaines, comme celle de Montpellier, font des efforts pour que les acquisitions soient elles aussi décloisonnées : elles sont alors organisées en commissions thématiques, qui s’occupent d’acheter à la fois en jeunesse et en adulte.
Finalement, la bibliothèque ayant adopté l’organigramme le plus décloisonné est celle de Mulhouse, alors que, côté public, elle n’a décloisonné que les bandes dessinées. La section jeunesse et la section adulte ont totalement disparu de l’organisation interne, ce qui n’exclut pas une spécialisation de chaque agent. L’organigramme est maintenant composé de cinq secteurs : banque de prêt, renseignements, bibliothèque historique, accueil du jeune public, salle multimédia. À l’exception de l’accueil du jeune public, tous les secteurs prennent en compte les adultes comme les enfants, bien que la bibliothèque historique soit moins concernée par ces derniers.
Des usagers apparemment satisfaits
De nouveaux usages des collections
Globalement, les bibliothécaires interrogés disent observer plus de circulation dans l’espace. Les adultes et les adolescents semblent se satisfaire du décloisonnement total dans les petites bibliothèques, où ils empruntent fréquemment dans les collections jeunesse et adulte. Les enfants peuvent avoir un peu plus de mal à s’adapter, comme le constatent les bibliothèques de Fontainebleau et de Saint-Jean de Védas : ils ont des difficultés à considérer l’espace décloisonné comme étant aussi le leur, d’autant plus que certains usagers adultes y attendent un comportement plus calme et silencieux. Il y a donc des efforts supplémentaires à fournir pour guider les enfants, notamment au moment de l’inscription.
Une tendance à chercher un secteur jeunesse malgré tout
Les usagers, sans doute par habitude, cherchent toujours le secteur jeunesse. Dans certaines bibliothèques, les usagers ont identifié une partie de la bibliothèque comme le coin enfants, et pensent qu’il n’y en a pas d’autres. Ils attendent donc, d’une part, que les enfants ne fréquentent que “leur” coin, et d’autre part, que le reste de la bibliothèque reste calme et silencieux. Ainsi, à Fontainebleau, c’est le coin des albums qui est identifié comme jeunesse, tandis qu’à Montpellier, c’est le coin enfants de l’étage dédié aux littérature et arts.
Les enfants aussi, peut-être incités par le public adulte, ont tendance à considérer comme leur espace une seule partie de la bibliothèque, ce qui limite leur accès aux collections disposées ailleurs.
Le bruit, un problème ?
Enfin, il faut noter que dans tous les cas, le décloisonnement a pour conséquence une présence accrue des enfants et des adolescents dans tous les espaces de la bibliothèque. Cela amène de la vie dans l’établissement, mais aussi plus de bruit. Ce n’est pas un problème lorsque les bibliothèques disposent de salles de travail de taille suffisante, comme à Mulhouse et à Montpellier. Partout, il arrive que les usagers se plaignent, regrettant les anciennes bibliothèques où tout était plus calme. Les bibliothécaires, eux, considèrent le problème du bruit comme plus ou moins important selon la conception de la bibliothèque qu’ils ont2.
Pour conclure…
Les bibliothèques ayant adopté une forme de décloisonnement ont toujours cherché à l’adapter aux spécificités de leurs publics et de leurs locaux. En conséquence, chaque décloisonnement est unique, et c’est dans les équipements les plus grands qu’on note la plus grande diversité. Pour bon nombre de bibliothèques, l’implantation des collections adulte et jeunesse est encore un terrain d’expérimentation dont les résultats sont finalement assez peu connus, notamment parce qu’aucune des bibliothèques contactées ne s’est encore lancée dans une évaluation de son organisation spatiale.
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Cette synthèse a été rédigée dans le cadre de mon stage à la médiathèque Voyelles de Charleville-Mézières. Elle avait pour but de permettre par la suite une comparaison entre Voyelles et les autres bibliothèques, c’est pourquoi, bien qu’ayant une organisation décloisonnée, elle n’est pas citée ici.
Fanny Demeyère
Étudiante en licence professionnelle Métiers des bibliothèques et de la documentation
Université de Limoges